Ados et orientation : et si on leur faisait confiance ?

ados

L’autre soir, j’ai reçu un appel de la professeure de Français et professeure principale de ma fille, scolarisée en seconde. Elle appelait les parents à propos de l’orientation de leurs ados, et de leurs choix de filière pour l’année prochaine en 1ère, geste que j’ai trouvé plutôt bienveillant…

« – Allo, bonjour c’est Mme ….. Je vous appelle au sujet de l’orientation de C… l’année prochaine et du voeu qu’elle a formulé concernant son choix d’aller en L. Est-ce que vous êtes au courant ?

– Euhhh, oui, je sais qu’elle veut aller en L et il n’y a aucun souci de notre côté…

– Je vous dis ça parce que C… est vraiment une très bonne élève et vous savez qu’en L, elle va se retrouver avec de moins bons

– ……………………. Et ?

– Alors je voulais juste vous prévenir qu’en général les bons élèves vont plutôt en S, et qu’en L elle va se retrouver avec des élèves en difficultés….

– …………………….. C… choisit la section L parce qu’elle en a envie, que S ne la tente pas vraiment et que quels que soient les élèves, je ne comprends pas vraiment où se situe le problème…

– Bon, bon ben si c’est son choix, alors ça fera un bon élément dans la section littéraire… Je voulais juste avoir votre confirmation. »

En raccrochant, je n’ai pas su déterminer vraiment ce que je ressentais : un mélange à la fois d’empathie pour cette professeure de Français qui ne savait même plus défendre sa discipline, n’osant pas imaginer qu’on puisse « réussir » sa vie en étant littéraire, et de colère de réaliser à quel point il est d’usage de dénigrer les littéraires dont je suis…

Etrange sensation de me retrouver 30 ans en arrière, lorsqu’une professeure de physique avait eu la « bienveillance » de traiter les ados qui voulaient aller en section littéraire de « poubelles du lycée ».

Je n’en veux absolument pas à cette professeure : elle est juste victime collatérale d’un système élitiste considérant les études scientifiques comme plus prestigieuses que les études littéraires qui semblent vous condamner à rater votre vie.

Je ne sais pas d’où vient cette idée : j’ai juste envie de dire à quel point elle est fausse.

Dans le système français, les choix de filières générales sont finalement assez restreints : on a plus l’impression qu’il s’agit de faire entrer des ados dans des « cases » que de leur permettre de choisir des disciplines qui leur plaisent. Vous pouvez très bien être littéraire et aimer les mathématiques ou la physique mais en fin de seconde, il va falloir choisir : on ne peut pas tout avoir…

J’ai bien connu cette problématique déjà à l’époque, moi qui aurais aimé continuer à faire des Sciences de la Vie et de la Terre en section littéraire et qui n’ai pas eu le choix car cela n’existait tout simplement pas.

Pourtant, peut-on dire de la plupart des élèves que tel ou tel est scientifique, tel ou tel est littéraire, tel ou tel est plutôt bon en économie ? Il ne me semble pas. Même si certains ont une véritable attirance pour telle ou telle discipline, beaucoup ne sont pas aussi catégoriques dans leurs choix d’orientation.

De même, lorsqu’un élève ne sait pas vraiment vers quoi s’orienter, est-il opportun d’affirmer :  « Tu es un bon élève, il vaut mieux que tu ailles en S, tu auras plus de choix après. » ou « Au vu de tes résultats, il vaut mieux que tu ailles en L, car ce sera plus facile pour toi. » ? Et je ne parle même pas des filières technologiques que l’enseignement général tend à dénigrer…

ados orientation

Est-ce ainsi que doit se faire l’orientation ? A quel moment se demande t-on « qui » est cet élève, quels rêves construit-il dans sa vie, et comment peut-on l’aider à les accomplir ?

Il fut une époque, bien lointaine je vous l’avoue, où mon père, professeur de sciences faisait le constat que les meilleurs médecins sortaient de sections philo et non pas de sections scientifiques… De son point de vue, ils avaient une approche humaniste qui faisaient d’eux de merveilleux praticiens.

Heureusement, la vie n’est pas ce qu’on nous en laisse entrevoir au lycée, et il existe nombre d’exemples autour de nous qui montrent un décalage énorme entre le discours qui nous est donné dans l’enseignement secondaire et la « vraie » vie.

En ce qui me concerne, faire des études littéraires ne m’a jamais empêchée de faire mes preuves dans d’autres secteurs d’activités : la motivation, l’intérêt, l’ouverture d’esprit, la curiosité sont des valeurs finalement beaucoup plus importantes que la section qu’on choisit.

De même qu’un certain nombre de lycéens de sections scientifiques se rendent compte finalement qu’ils ne sont pas dans leur élément, un certaine nombre de littéraires ou d’économistes réussissent très bien dans des secteurs où on ne les attendait pas forcément.

J’ai connu des amis à qui on avait dit au lycée, alors qu’ils étaient ados, « qu’ils n’auraient jamais le bac », faire de brillantes études et obtenir un Doctorat Scientifique. J’ai vu des littéraires devenir de hauts responsables dans des entreprises. J’ai côtoyé des Ingénieurs reconvertis dans des métiers artisanaux et rencontré des HEC qui avaient toujours rêvé de jouer la comédie…

Et il me semble qu’aujourd’hui, de plus en plus de personnes font le choix de la reconversion, constatant que le parcours qu’on leur a vendu au lycée, ne les fait plus vraiment rêver.

A quand une orientation choisie, non pas en fonction d’un hypothétique parcours de carrière, mais du rêve et des intérêts de chacun au moment de ses choix ? Quand cessera t-on cette pression qui consiste à demander à de jeunes ados de savoir déjà ce qu’ils voudront faire dans leur vie ? Laissons-leur du temps… Et faisons leur confiance… Ils n’attendent que ça ! Alors ne les enfermons-pas avec nos propres peurs et projections personnelles…

Et vous ? Quel a été votre parcours ?

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