Reconversion (2) : comment je me suis sabotée…

Reconversion (2) : comment je me suis sabotée…

Pendant des années, j’ai exercé ma profession avec une joie immense : malgré les difficultés du métier (que beaucoup continuent à nier aujourd’hui), je me suis investie avec bonheur dans ma carrière et la recherche de pédagogies les mieux adaptées aux élèves que l’on me confiait et par-dessus tout dans la relation privilégiée qu’une maîtresse d’école peut entretenir avec tous ces enfants en quête d’amour et de reconnaissance.

Oui j’ai adoré mon métier même si quelquefois, des velléités de changer le système que je pressentais limitant refaisaient surface (mon côté « anti-conformiste » frappait à nouveau..) : d’ailleurs, un collègue et ami, m’avait surnommée « Petite peste rouge » en référence à la couleur de mes cheveux de l’époque…

Aujourd’hui encore, impossible d’oublier tout le bonheur qu’ont pu me procurer les enfants, les relations privilégiées que j’ai pu entretenir avec des parents et les nombreux fous rires partagés avec mes collègues. J’ai connu je crois, les dernières années d’une école qui se donnait avant tout comme mission première de rendre heureux, sans les contraintes imposées aujourd’hui aux enseignants par leur administration.

Au début des années deux mille, j’ai eu la joie incommensurable de donner naissance à ma fille, l’amour de ma vie, et c’est peut-être là que tout a démarré, sans même que je ne me rende compte des changements qui commençaient à s’opérer en moi.

Devenir mère n’est pas anodin dans la vie d’une femme : à partir du moment où nous mettons au monde un enfant, certes nous donnons la vie, avec toute la joie et le bonheur que ça comporte, mais nous devons accepter également d’en prendre l’entière responsabilité avec tout son cortège de peurs ou d’angoisses que cela peut engendrer, largement entretenues par la course effrénée de notre société vers un modèle de vie somme toute inaccessible.

Aujourd’hui, nous devons « réussir » notre vie de famille, notre carrière, notre vie de couple, l’éducation de nos enfants, leur scolarité, leur épanouissement personnel, le nôtre…tout ça sur des journées de vingt-quatre heures, et à aucun moment il ne nous est donné le temps de nous poser pour nous demander comment il est possible de tout concilier. Le pire, c’est qu’il ne nous est proposé qu’un seul modèle de vie, auquel tout le monde (ou presque…) obéit aveuglement…

C’est ainsi, que ma vie a commencé une accélération fulgurante, dans une course permanente vers ce qui nous est présenté comme le summum de la réussite… Dès le départ, un dilemme s’est immiscé en moi par rapport à ma carrière : la culpabilité de devoir confier mon enfant afin d’aller m’occuper de ceux des autres…Si pour beaucoup de parents, cet acte semble parfaitement anodin, il n’en a pas été de même pour moi, et je me suis toujours sentie tiraillée entre l’exercice de mon métier et la frustration de ne pas consacrer autant de temps que je le voudrais à ma fille. Mais la vie a suivi son cours et j’ai continué mon chemin en mettant un mouchoir sur mes états d’âme…

J’ai donc poursuivi mon activité d’enseignante sans trop me poser de questions, même si je sentais au fil des années, que la motivation pour ce métier commençait à s’émousser, non pas à cause des élèves que j’avais devant moi, mais plutôt en raison de l’évolution d’un système qui me semblait de plus en plus s’éloigner de ses priorités éducatives au profit d’une bureaucratie de plus en plus pesante. Je me suis pourtant souvent remise en question mais rien n’y a fait : l’exercice de mon métier est devenu si lourd, ma vie si éreintante, que finalement douze ans plus tard…c’est mon corps qui a fini par parler…

Je n’ai donc pas décidé de changer de vie sur un coup de tête. Il ne m’a pas suffi d’en avoir marre de ma carrière ou de mes conditions de travail pour entamer un processus de reconversion. Depuis longtemps c’était un désir latent, comme une intuition fugace qui de temps en temps me rappelait qu’il me fallait peut-être emprunter un autre chemin. Elle s’est immiscée au fil de mon expérience, mais je n’ai pas su ou voulu l’entendre dans ces instants-là.

Alors, je l’ai mise en sommeil, aidée en cela par mon mental tout puissant qui s’empressait de me rappeler toutes les « bonnes » raisons qui justifiaient de mettre un mouchoir dessus :
•  Tu ne sais rien faire d’autre,
• Tu ne vas pas t’en sortir financièrement parlant,
• Ton enfant est trop petit, il vaut mieux attendre,
• Tu ne sais pas quoi faire,
• Tu ne peux pas te permettre un échec…

Vous connaissez certainement tous ces fameuses petites injonctions limitantes délivrées par notre entourage sous l’apparence de conseils bienveillants et avisés accumulés depuis l’enfance et qui nous suivent tout au long de notre existence. Me concernant, la pire phrase qui me vient à l’esprit est : « Sois raisonnable ! » Ah ! Qu’est-ce que j’ai pu la détester cette phrase… Comme si la vie se devait d’être raisonnable…

Mais alors, à quel moment ai-je décidé de me reconvertir ? Paradoxalement, au moment où je m’y attendais le moins… C’est la vie qui s’est chargée de ce rappel à l’ordre, à travers une épreuve qu’elle a eu la malice de mettre en travers de ma route…  Et j’ai alors choisi d’entendre ses signaux…

Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, je souhaitais depuis un certain temps évoluer dans mes fonctions enseignantes et je ne voyais alors que deux issues possibles : devenir Directrice d’école ou Certifiée de Lettres en promotion interne. La démission n’était absolument pas à l’ordre du jour, trop focalisée que j’étais sur tous les risques encourus.

Ayant eu l’opportunité de prendre la direction de l’école où je travaillais alors, j’ai décidé de tenter l’expérience. Inutile de préciser que je n’ai tenu cette fonction que durant une année scolaire : un jour par semaine pour gérer administrativement une école de huit classes, avec plus de 200 élèves, d’énormes responsabilités, tout en restant enseignante dans ma classe de CM2 et tout ça pour une misérable prime en fin de mois, ont eu raison de mes velléités de changement dans l’enseignement primaire. Je décidai alors de partir dans l’enseignement secondaire, avec l’idée d’un renouveau…

Cette nouvelle carrière fut de courte durée : une annonce inattendue vint l’interrompre brutalement…
(A suivre…)

Reconversion (1) : aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie…

Reconversion (1) : aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie…

Reconversion : aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie…

Je suis née vers la fin des années soixante, dans un milieu ni défavorisé, ni favorisé non plus, à une époque où l’insouciance était de mise : le souvenir de la dernière guerre était encore présent dans l’esprit de nos parents mais la croissance économique était telle que j’ai été bercée durant toute mon enfance par l’idée que les lendemains étaient chantants…

Nous allions à l’école, lieu par excellence qui nous permettait de nous ouvrir au monde (je rappelle pour les plus jeunes : Non ! Nous n’avions ni le téléphone portable, ni internet… à vrai dire les ordinateurs n’existaient même pas encore…) et nous grandissions avec l’idée que l’avenir le plus prometteur tenait tout entier dans : « de bonnes études » « une bonne carrière » et pour une fille « l’indépendance financière »… Nous étions le pur produit d’un système dans lequel la croissance économique et le progrès social allaient nous mener tout droit vers le bonheur…

Très vite, je me suis rendue compte que je ne fonctionnais pas comme tous les autres enfants : je n’avais pas forcément les mêmes jeux, les mêmes rires ni les mêmes larmes… Et si quelquefois j’ai pu me croire « folle » parce qu’il me semblait que les gens autour de moi ne frémissaient pas de la même façon, j’ai dû me résigner à l’idée que la société ne me laissait pas trop le choix : il m’a bien fallu entrer « dans le moule » afin d’assouvir mon besoin de reconnaissance face à la pression sociale…notamment à l’école.

L’école… Du plus loin que je me souvienne, je crois que finalement j’ai toujours été un « électron libre ». Le jour de ma toute première rentrée, à 3 ans, voilà que j’ai quitté la classe à 11 h 30 au moment de la sonnerie, sans que personne ne s’aperçoive de ma disparition, pour rentrer tout bonnement à pieds à la maison… Inutile de préciser dans quel état se sont retrouvées les maîtresses au moment de réaliser qu’il leur manquait une élève, face à un paternel en état de décomposition avancée qui m’attendait dans le hall de l’école et ne me voyait pas arriver…

Quand j’y repense aujourd’hui, j’avoue éprouver une certaine satisfaction à me dire que j’étais peut-être déjà assez « anti-conformiste »… Et anti-conformiste, je le suis restée un certain nombre d’années.. Ce qui m’a valu quelques déconvenues notamment au collège lorsque je me suis battue pour me défendre d’une camarade de sixième, ou lorsque j’ai quitté le cours de Français de quatrième en claquant la porte, devant l’attitude injuste d’une enseignante acariâtre…

Mon adolescence s’est néanmoins déroulée sans trop de problèmes, du moins pas plus que pour la plupart des jeunes de mon époque je pense, avec tout de même de fréquents sursauts de révolte face à la découverte des injustices qui parsemaient notre monde, mais je crois que la peur de me sentir assez différente a fait taire mes ultimes velléités de remise en question du bien-fondé de notre société. Bien sûr, au fond de moi, j’avais conservé une dose importante d’  « anti-conformisme » mais je crois que j’ai fini par l’étouffer de crainte de ne jamais trouver ma place au milieu des autres.

Grave erreur !

Persuadée que j’étais d’être trop différente pour être acceptée, je me suis sabotée toute seule…

Etant tombée toute petite dans la marmite de l’éducation (mon père étant professeur, cela a peut-être contribué à ma « vocation »), mon parcours professionnel m’a amené tout droit (ou presque…) vers l’enseignement. J’ai en effet grandi avec le désir permanent d’apprendre, d’accompagner, de « transmettre » des connaissances et surtout d’évoluer dans le monde de l’enfance, cet univers magique où rien n’est pourtant factice.

Petite-fille moi-même d’immigrés espagnols et italiens ayant fui la misère de leur pays, j’ai souvent pensé que j’avais peut-être embrassé cette vocation comme une sorte de « réparation » à ce qui n’avait pas été donné à mes aïeux : la maîtrise de la langue… Et l’école est devenue pour moi le lieu qui pouvait me permettre d’accompagner les enfants vers ce qu’ils ont de meilleur en eux-mêmes et qui ne demande qu’à être révélé.

Pourtant, alors que j’achevais une Maîtrise de Lettres Modernes, j’ai paradoxalement eu l’envie de m’extirper de cette voie qui me semblait toute tracée (ma nature anti-conformiste, peut-être…) et je suis partie à Paris préparer un Diplôme d’Ingénieur en Sciences de l’Information et de la Documentation.

La reconversion était donc déjà à l’ordre du jour…

Aussi passionnants qu’aient pu être les enseignements que j’ai reçus au cours de ma formation, j’ai assez vite compris que la vie parisienne n’était absolument pas faite pour moi qui venais du sud de la France, et qui avais l’habitude de vivre plutôt dehors…(je suis sûre que beaucoup comprendront de quoi je veux parler…).

Lorsque je me suis mise en quête de trouver un travail après l’obtention de mon diplôme, j’ai connu les affres de tout chercheur d’emploi qui se respecte, à une époque où les lettres de motivation étaient encore manuscrites (je crois que j’ai dû en rédiger une centaine…) et les CV tapés à la machine à écrire (heureusement, nous connaissions déjà l’existence du photocopieur). Internet n’existait pas encore, et ma recherche consistait à éplucher les annonces dans les journaux ou à téléphoner aux entreprises susceptibles de rechercher un profil comme le mien.

Motivée par l’idée de revenir dans ma région, (après avoir goûté aux « joies » d’une vie parisienne pas toujours très simple au quotidien), j’ai fini par trouver un remplacement d’un an à effectuer au sein d’un service d’information et d’orientation universitaire dans ma ville natale. J’ai alors découvert le plaisir d’accompagner des étudiants dans leur parcours et on m’a proposé de prolonger mon contrat afin de créer un service d’insertion professionnelle et de relations internationales pour une filière professionnalisante.

La gestion de ce projet m’a réellement passionnée, mais au bout de deux ans, je me suis rendue compte que je n’étais pas vraiment faite pour la vie de bureau (là encore, ce foutu « anti-conformisme » qui se réveillait à nouveau) et l’idée de devenir enseignante afin d’échapper à la routine quotidienne m’est revenue à l’esprit. Je me suis mise à préparer le concours de Professeur des Ecoles parallèlement à mon travail, et c’est ainsi que j’ai intégré « la grande maison de l’Education Nationale » au milieu des années quatre-vingt-dix et effectué une nouvelle reconversion…
(A suivre…)

Reconversion : ma deuxième vie…

Reconversion : ma deuxième vie…

Depuis un an et demi maintenant que l’aventure de La Boîte à l’Être a concrètement démarré, vous êtes un certain nombre (notamment vous ami(e)s enseignant(e)s) à m’avoir contactée pour connaître un peu mieux mon parcours de vie et les étapes qui m’ont amenée à la reconversion professionnelle.

Je démarre donc aujourd’hui une série d’articles, motivée par l’envie de partager avec le plus grand nombre une expérience de vie, afin que certains se sentent enfin moins seuls. Il n’a jamais eu la prétention de donner une quelconque leçon à des personnes qui souffrent elles aussi dans leur chair ou dans leur vie, mais de raconter mon parcours vers l’éveil de mon être intérieur et par voie de conséquence, ma reconversion.

Lorsque l’envie m’est venue de quitter l’Education Nationale pour me reconvertir dans une création d’entreprise, je n’ai jamais soupçonné à quel point nombre de mes collègues enseignants se sentaient tellement en souffrance que je recevrais un jour, des dizaines de coups de téléphone et courriers de leur part, me demandant de les conseiller voire de les accompagner dans leur reconversion professionnelle : quelqu’un leur en laissait enfin entrevoir la possibilité.

Il aura suffi d’une interview dans Le Café Pédagogique, dans lequel je décris brièvement mon parcours pour qu’un certain nombre d’entre eux me contactent et me racontent à quel point ils se sont reconnus dans mes paroles.

J’ai entendu leur souffrance, leur désarroi, leur désespoir parfois d’être confrontés à une administration sourde, aveugle et muette ou qui fait semblant de l’être. J’ai entendu leur lucidité, leurs paroles emplies d’émotion de devoir quitter un métier la plupart du temps choisi avec enthousiasme. J’ai entendu un certain nombre d’entre eux me dire qu’ils ne voulaient pas quitter l’univers de l’enfance ou de l’éducation, mais qu’il se détournaient d’une administration devenue pesante, indifférente, glaciale

C’est pour eux que je souhaite aujourd’hui revenir de façon plus détaillée sur ce qui m’a amenée à changer de vie, et pour toutes les personnes qui ne voient pas encore quel chemin emprunter, afin qu’ils sachent que ce cheminement ne fut pas un long fleuve tranquille mais qu’à aucun moment je n’ai éprouvé le moindre regret, la moindre once de doute concernant tous mes choix, et que oui, il est possible d’avoir une vie au-delà des modèles que cherche à nous imposer notre société, oui, il est possible de procéder à une reconversion…

Mon objectif est de vous raconter les origines d’un changement radical d’existence, à l’heure où tant de gens n’osent pas franchir le cap uniquement par peur. Il est en effet effarant de constater qu’à l’heure actuelle, nos vies sont constamment menées sous le joug de l’anxiété ambiante, de la peur (peur de manquer, peur de la maladie, peur du chômage, peur de l’autre…) et qu’à aucun moment il ne nous est donné le temps de nous poser et de réfléchir au sens de notre existence.

Il explique ce qui m’a permis d’oser enfin être moi-même et de dépasser les blocages, les peurs qui jusqu’alors se mettaient en travers de ma route. Il tente de décrire les différentes étapes qu’il m’a fallu franchir avant d’oser enfin reprendre les rênes de ma vie.

Puisse cette lecture apporter à quelques-uns un autre regard sur la vie, empli de bienveillance, et une autre vision sur notre humanité, emplie de plus d’amour…
Puisse-t-elle également, être le déclencheur d’autres « deuxième » vies…

(à suivre…)

Le blog de La Boîte à l’Être est de retour !

Le blog de La Boîte à l’Être est de retour !

Comme vous le savez tous, (surtout vous les lect.eur.rice.s de mon blog), j’ai eu de gros soucis ces derniers temps avec mon précédent site, victime de piratage lié à un fournisseur d’hébergement peu suffisamment protégé à mon sens. J’ai donc décidé de le fermer définitivement, mais auparavant, il m’a fallu des jours et des jours pour que je récupère l’ensemble de mes noms de domaine et que je change enfin d’hébergeur…

 

Ouf, ça y est, c’est fait !

 

Depuis hier, mon tout nouveau site est enfin opérationnel, et même s’il n’est pas tout à fait terminé et va être amélioré de jour en jour, vous y retrouvez dores et déjà toutes les informations concernant mon activité professionnelle.

Mais bien évidemment, la plupart des articles de mon précédent blog n’ont pu être sauvés (cela m’apprendra à omettre de faire des sauvegardes…), sauf quelques-uns que j’ai pu récupérer grâce au cache de Google (pour une fois, je lui dis merci…)

Je redémarre donc le blog de La Boîte à l’Être juste aujourd’hui par ce premier article qui vous annonce son grand retour… et je publierai à nouveau dans les jours qui viennent, quelques articles que j’ai réussi à récupérer, notamment tous ceux qui racontent ma reconversion professionnelle, puisqu’ils ont fait écho à bon nombre d’entre vous…

 

Alors, à très vite pour reprendre nos nombreux échanges

et partages sur ce blog !

 

Merci à tous pour votre fidélité et tous vos commentaires

que je prends un immense plaisir à lire…