Reconversion (1) : aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie…

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Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie…

Je suis née vers la fin des années soixante, dans un milieu ni défavorisé, ni favorisé non plus, à une époque où l’insouciance était de mise : le souvenir de la dernière guerre était encore présent dans l’esprit de nos parents mais la croissance économique était telle que j’ai été bercée durant toute mon enfance par l’idée que les lendemains étaient chantants…

Nous allions à l’école, lieu par excellence qui nous permettait de nous ouvrir au monde (je rappelle pour les plus jeunes : Non ! Nous n’avions ni le téléphone portable, ni internet… à vrai dire les ordinateurs n’existaient même pas encore…) et nous grandissions avec l’idée que l’avenir le plus prometteur tenait tout entier dans : « de bonnes études » « une bonne carrière » et pour une fille « l’indépendance financière »… Nous étions le pur produit d’un système dans lequel la croissance économique et le progrès social allaient nous mener tout droit vers le bonheur…

Très vite, je me suis rendue compte que je ne fonctionnais pas comme tous les autres enfants : je n’avais pas forcément les mêmes jeux, les mêmes rires ni les mêmes larmes… Et si quelquefois j’ai pu me croire « folle » parce qu’il me semblait que les gens autour de moi ne frémissaient pas de la même façon, j’ai dû me résigner à l’idée que la société ne me laissait pas trop le choix : il m’a bien fallu entrer « dans le moule » afin d’assouvir mon besoin de reconnaissance face à la pression sociale…notamment à l’école.

L’école… Du plus loin que je me souvienne, je crois que finalement j’ai toujours été un « électron libre ». Le jour de ma toute première rentrée, à 3 ans, voilà que j’ai quitté la classe à 11 h 30 au moment de la sonnerie, sans que personne ne s’aperçoive de ma disparition, pour rentrer tout bonnement à pieds à la maison… Inutile de préciser dans quel état se sont retrouvées les maîtresses au moment de réaliser qu’il leur manquait une élève, face à un paternel en état de décomposition avancée qui m’attendait dans le hall de l’école et ne me voyait pas arriver…

Quand j’y repense aujourd’hui, j’avoue éprouver une certaine satisfaction à me dire que j’étais peut-être déjà assez « anti-conformiste »… Et anti-conformiste, je le suis restée un certain nombre d’années.. Ce qui m’a valu quelques déconvenues notamment au collège lorsque je me suis battue pour me défendre d’une camarade de sixième, ou lorsque j’ai quitté le cours de Français de quatrième en claquant la porte, devant l’attitude injuste d’une enseignante acariâtre…

Mon adolescence s’est néanmoins déroulée sans trop de problèmes, du moins pas plus que pour la plupart des jeunes de mon époque je pense, avec tout de même de fréquents sursauts de révolte face à la découverte des injustices qui parsemaient notre monde, mais je crois que la peur de me sentir assez différente a fait taire mes ultimes velléités de remise en question du bien-fondé de notre société. Bien sûr, au fond de moi, j’avais conservé une dose importante d’  « anti-conformisme » mais je crois que j’ai fini par l’étouffer de crainte de ne jamais trouver ma place au milieu des autres. Grave erreur ! Persuadée que j’étais d’être trop différente pour être acceptée, je me suis sabotée toute seule…

reconversion : enfance

Etant tombée toute petite dans la marmite de l’éducation (mon père étant professeur, cela a peut-être contribué à ma « vocation »), mon parcours professionnel m’a amené tout droit (ou presque…) vers l’enseignement. J’ai en effet grandi avec le désir permanent d’apprendre, d’accompagner, de « transmettre » des connaissances et surtout d’évoluer dans le monde de l’enfance, cet univers magique où rien n’est pourtant factice.

Petite-fille moi-même d’immigrés espagnols et italiens ayant fui la misère de leur pays, j’ai souvent pensé que j’avais peut-être embrassé cette vocation comme une sorte de « réparation » à ce qui n’avait pas été donné à mes aïeux : la maîtrise de la langue… Et l’école est devenue pour moi le lieu qui pouvait me permettre d’accompagner les enfants vers ce qu’ils ont de meilleur en eux-mêmes et qui ne demande qu’à être révélé.

Pourtant, alors que j’achevais une Maîtrise de Lettres Modernes, j’ai paradoxalement eu l’envie de m’extirper de cette voie qui me semblait toute tracée (ma nature anti-conformiste, peut-être…) et je suis partie à Paris préparer un Diplôme d’Ingénieur en Sciences de l’Information et de la Documentation. Aussi passionnants qu’aient pu être les enseignements que j’ai reçus au cours de ma formation, j’ai assez vite compris que la vie parisienne n’était absolument pas faite pour moi qui venais du sud de la France, et qui avais l’habitude de vivre plutôt dehors…(je suis sûre que beaucoup comprendront de quoi je veux parler…).

Lorsque je me suis mise en quête de trouver un travail après l’obtention de mon diplôme, j’ai connu les affres de tout chercheur d’emploi qui se respecte, à une époque où les lettres de motivation étaient encore manuscrites (je crois que j’ai dû en rédiger une centaine…) et les CV tapés à la machine à écrire (heureusement, nous connaissions déjà l’existence du photocopieur). Internet n’existait pas encore, et ma recherche consistait à éplucher les annonces dans les journaux ou à téléphoner aux entreprises susceptibles de rechercher un profil comme le mien.

Motivée par l’idée de revenir dans ma région, (après avoir goûté aux « joies » d’une vie parisienne pas toujours très simple au quotidien), j’ai fini par trouver un remplacement d’un an à effectuer au sein d’un service d’information et d’orientation universitaire dans ma ville natale. J’ai alors découvert le plaisir d’accompagner des étudiants dans leur parcours et on m’a proposé de prolonger mon contrat afin de créer un service d’insertion professionnelle et de relations internationales pour une filière professionnalisante.

La gestion de ce projet m’a réellement passionnée, mais au bout de deux ans, je me suis rendue compte que je n’étais pas vraiment faite pour la vie de bureau (là encore, ce foutu « anti-conformisme » qui se réveillait à nouveau) et l’idée de devenir enseignante afin d’échapper à la routine quotidienne m’est revenue à l’esprit. Je me suis mise à préparer le concours de Professeur des Ecoles parallèlement à mon travail, et c’est ainsi que j’ai intégré « la grande maison de l’Education Nationale » au milieu des années quatre-vingt-dix.

(A suivre…)

2 commentaires

  1. J’adore les histoires de vie qui sont si passionnantes les unes que les autres. Nous sommes dans du concret et de la réalité qui a été vécu. Ces histoires oh combien enrichissantes devraient être racontés dans les établissements scolaires afin d’ouvrir les esprits et la réflexion. Merci pour ce partage et vivement la suite; Petite parenthèse (il y a quelque années j’ai lu l’histoire de vie de Frédérique LAHALLE enseignante spécialisée Responsable de formation à l’INS HEA : Vivre avec la dyslexie.Vivement la suite.

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