Reconversion (5) : cheminement vers le changement…

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Comme je l’ai déjà indiqué dans mon précédent article, mon cheminement a démarré par un retour à l’enfance. D’abord parce qu’il m’était nécessaire de lever tous les blocages qui m’enfermaient dans un rôle qui n’était pas le mien, ensuite parce que je désirais revenir à tous les instincts créatifs qui m’animaient alors… Je me sentais un peu comme un oignon à qui on doit enlever les différentes couches afin de retrouver le noyau originel (oui, je sais : la comparaison n’est pas très glamour mais c’est la seule qui m’est venue à l’esprit…).

A cet instant, je tiens à remercier un célèbre professeur d’université, dont les conférences et ouvrages ont déclenché en moi le processus de reconstruction. Il s’agit de Sir Ken Robinson, qui dans son livre L’Elément, nous amène à retrouver la part de créativité qui existe en chacun de nous et que notre éducation s’est bien chargée d’occulter. Ses théories ont influencé positivement ma vision des choses à double titre : d’abord sur le plan personnel, ensuite sur le plan professionnel.

Au niveau personnel, j’ai commencé par essayer de me remémorer quelle petite fille j’avais pu être et quelles étaient mes activités préférées. Au début, les souvenirs tardaient à revenir, mais peu à peu, je me suis souvenue du plaisir que j’éprouvais à pratiquer la danse, la peinture, le dessin, la lecture, l’écriture… bref, tout ce qui faisait qu’à l’instant de pratiquer, j’étais en mesure de tout oublier, absorbée que j’étais par mes passions. Puis je me suis interrogée sur le cheminement qui m’avait conduit à occulter la plupart de ces activités-plaisirs. Et là, j’avoue que l’école en a pris pour son grade : je découvris avec horreur que toute ma scolarité avait consisté à nier ce que j’étais au plus profond de moi. Toutes les choses que j’aimais et pour lesquelles le temps semblait s’arrêter avaient été étouffées par l’injonction première de la société : faire des études, avoir un « bon » métier, si possible rentrer dans la Fonction Publique afin d’avoir un emploi « sûr » et avoir une « bonne » retraite afin de pouvoir enfin profiter de la vie.

Edifiant n’est-ce-pas ?

Ce n’est pas tant à l’école primaire qu’à partir du collège que les choses se sont vraiment gâtées : je suis passée d’un enseignement basé sur l’affectif, l’écoute, la bienveillance (du moins c’est ce dont je me souviens…) à une structure éducative dans laquelle subitement, je ne me sentais plus protégée, aimée et considérée pour qui j’étais mais uniquement pour les notes que j’obtenais. Ne parlons pas de la vie collective au sein des établissements : déjà à l’époque, il valait mieux faire preuve d’un fort caractère pour ne pas devenir une victime potentielle…

Bref, je passais mon temps à essayer de répondre à ce qu’on me demandait et j’oubliais complètement ce pourquoi j’aurais eu envie de me lever tous les matins… Et toute ma scolarité, mon cheminement, s’est poursuivie ainsi, sans m’avoir vraiment révélé qui j’étais. Je m’en suis assez bien sortie au cours de mon cheminement, parce que j’avais quelques facilités, mais combien de mes camarades se sont-ils sentis dévalorisés, incompétents et démotivés, simplement parce qu’ils ne réussissaient pas dans les matières dites « fondamentales » ?

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En repensant à ce cheminement, je me suis aperçue que la première des peurs à laquelle nous sommes tous confrontés est celle « d’être différent ». Dans notre société il n’y a guère de place pour l’originalité, l’anti-conformisme, l’esprit créatif. Personne ne nous propose jamais de devenir nous-mêmes : ce qui nous est demandé c’est de nous « intégrer dans la société ». Mais de quelle société parlons-nous ? Avec du recul, tout notre parcours tend uniquement à faire fonctionner un système basé sur la valeur de l’argent : consommer toujours plus, afin de faire fonctionner des entreprises qui veulent vendre toujours plus pour entretenir un sytème qui au final ne profite vraiment qu’à quelques uns. Constatez où en est l’état du travail aujourd’hui : sommes-nous reconnus pour notre valeur ? Tout le monde réussit-il à trouver sa place parmi les humains ? Ne nous demandons-nous jamais si nous ne faisons pas tous fausse route dans cette course effrénée vers l’accumulation ?

Regardez nos enfants aujourd’hui : dès le plus jeune âge, ils subissent la pression de la réussite (mais de quelle réussite parle-t-on ?). S’ils ne sont pas conformes au « moule » scolaire, ils sont déclarés « à problèmes ». S’ils bougent un peu trop en classe ou manifestent leur inadaptation à ce système lourd et contraignant, ils sont mis à l’écart…

Nous demandons-nous un seul instant pourquoi tant d’enfants aujourd’hui semblent relever de cette problématique ? Est-elle vraiment liée à leur être profond, ou n’est-elle pas plutôt la manifestation d’un symptôme d’une société malade de ses valeurs ? Sans parler de la violence à laquelle celle-ci les confronte tous les jours : violence sociale, violence morale, violence physique…

Posons-nous alors la question : que veut-on pour nos enfants ? L’enfance n’est-elle pas ce moment de grâce privilégié dans lequel il nous faut être enveloppé d’amour et de bienveillance ? Un enfant n’a-t-il pas besoin de se sentir rassuré, compris, entendu, aimé, accueilli de façon inconditionnelle pour bien grandir ? N’est-ce pas l’âge de tous les possibles, celui où l’imagination n’a pas de frontière ? Bien sûr qu’un enfant a besoin de limites, et toujours dans le respect de ce qu’il est : il s’agit de l’accompagner pour se construire et non pas pour entretenir une société qui nie la valeur intrinsèque de sa personne.

A partir du moment où je me suis mise à réaliser tout ce que je viens de vous dire, j’ai commencé alors à changer radicalement les rapports avec ma propre fille. Aujourd’hui j’ai arrêté de lui mettre la moindre pression sur l’école tout en l’accompagnant lorsqu’elle en a besoin. Je savoure les échanges que nous avons sur tous les sujets de la vie. Je l’encourage à croire en ses rêves afin qu’elle s’épanouisse avant tout en tant que personne. Peu importe ce qu’elle réalisera dans la vie, son cheminement à elle, pourvu qu’elle aime profondément ce qu’elle fait. C’est ainsi qu’elle sera capable d’être en joie et de faire rayonner le bonheur pour qu’il essaime dans le monde de demain. Je terminerai donc cet article en disant :

Retournons-nous vers notre enfance. Ne craignons pas d’être nous-mêmes. Personne ne peut nous dire comment faire pour être heureux. Cherchons en nous ce qui nous met en joie et nous procure l’envie de nous lever tous les matins. Notre vie ne dépend de personne, nous n’avons pas à la « gagner », elle ne dépend que de nous : alors changeons de paradigme et acceptons qui nous sommes. A partir du moment où nous nous mettrons en chemin, nos peurs se dissiperont et nous nous rendrons compte qu’elles n’étaient dirigées que par notre mental.

A sa naissance, un enfant est en joie, il n’a pas de peur : la peur est l’apanage d’un adulte qui a accepté de se « conformer ».

(A suivre…)

2 commentaires

  1. Comme je me reconnais dans ce que tu viens de dire, quel plaisir de te lire (parce que tu décris bien mieux que moi, mots justes) ce chemin que j’ai accompli de façon différente, mais tellement semblable. Evident que nous soyons passées par la Fabrique à Bonheurs, que nous ayons quitté l’Education Nationale, que nous soyons à notre compte pour faire ce pour quoi nous sommes sur terre, écouter, aider, accompagner et voir s’épanouir ceux que l’on rencontre, partager notre optimisme de l’instant présent… Merci pour ce beau partage ! Ca me touche vraiment, je serais ravie de pouvoir faire ta connaissance et suis très intéressée de mettre en place un « module » : Préparer son orientation en terminale (pour ne pas aller droit dans le mur en écoutant ce que le « système » pense que vous devriez faire) pour découvrir ce que vous êtes et aimez afin d’exercer le métier qui vous va bien et peut vous apporter du plaisir 🙂 (sans attendre d’avoir 50 balais…). Si c’est quelque chose qui te tient à coeur comme moi, peut être pourrait-on envisager un travail de collaboration, malgré la distance, je suis en Creuse… Je ressens beaucoup d’émotion en te lisant, merci pour ça, Florence

    1. Merci infiniment Florence… Ton retour me touche énormément… et je ressens une profonde connexion avec tout ton message… Avec grand plaisir pour te rencontrer… La distance ne fait rien à l’affaire. Contacte moi quand tu veux et on se fixe un premier rendez-vous téléphonique… A très vite ! Merci.

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