Reconversion (6) : réinvestir l’instant présent…

Réinvestir l’instant présent…

Dans le précédent article, j’ai dit que la principale peur que la société transmet à l’enfant que nous sommes est celle de se sentir « différent ». Nous grandissons donc en essayant de nous conformer en permanence à ce que l’on a toujours exigé de nous. Et j’avoue que j’ai été comme la plupart d’entre nous : j’ai suivi le mouvement.

Lorsque la maladie est venue frapper à ma porte, une autre forme de peur s’est emparée de moi : la peur de « perdre » ce que j’avais, et en premier ressort ce que je pensais être la vie. Je suis passée successivement par tous les stades : du désespoir à l’angoisse et de l’angoisse au désespoir. Puis j’ai décidé de m’écouter enfin et ma thérapie a débuté.

Peu à peu, en apprenant à décoder la construction de mes fonctionnements, je me suis apaisée et j’ai pu prendre un peu de recul sur la vie en général et la mienne en particulier. C’est là que j’ai développé la plupart des réflexions que j’ai soumises précédemment sur le sens de nos existences dans la société d’aujourd’hui.

Mais c’est une chose de prendre conscience de nos erreurs, c’en est une autre de procéder au changement. Rien n’est plus inconfortable pour un être humain que de se remettre en question : après tout, même si notre vie n’est pas si parfaite, même si nous savons inconsciemment que nous ne vivons pas ce dont nous avons rêvé, notre quotidien nous est tellement familier qu’on le préfère encore à l’idée même d’aller vers l’inconnu. Nous savons ce que nous risquons de perdre, et même si nous vivons un quotidien insatisfait, la peur de l’avenir nous paralyse encore plus.

C’est là que le sens de la maladie intervient. Lorsque j’ai été confrontée à la probabilité d’une mort prochaine, ou du moins plus rapide que prévue, j’ai su que plus rien ne serait comme avant. Après tout, que sont nos peurs ordinaires comparées à celle que je nommerais la « grande » peur : la peur de la mort ? Je suis passée par tous les stades : l’effroi, l’horreur, les angoisses, les pleurs, la plainte… jusqu’à ce que ma démarche personnelle m’amène à comprendre que rien ne justifie tant de mal-être.

Nous avons peur de quelque chose qui n’existe pas encore si ce n’est au sein de notre mental tout-puissant. C’est là que l’expression « vivre au présent » a pris tout son sens. Ma peur se nourrissait des projections mentales que mon esprit ne cessait de tourner en boucles concernant une hypothétique disparition future.

Mais en réalité, n’existe-t-il pas que le présent ? Que puis-je savoir du lendemain puisqu’il n’est pas encore ?

J’ai décidé alors de me recentrer sur moi pour réinvestir complètement l’instant présent, et canaliser mon mental afin de ne pas le laisser devenir maître de mes pensées. La pratique de la méditation m’a beaucoup aidée dans cette phase de recentrage et peu à peu j’ai pu éloigner de mon quotidien l’angoisse suprême qui nous étreint tous face à une pathologie mortifère. Et quand on surmonte ce type d’épreuves, je peux dire que plus rien ne peut nous faire réellement peur dans notre vie. Alors l’heure du changement commence à résonner en nous…

présent

Il est étonnant de constater qu’à partir du moment où nous acceptons le lâcher prise, notre univers devient lumineux. Nous avons tendance à mener notre vie en s’accrochant à nos modes de fonctionnement telles des moules sur un rocher (oui, le glamour c’est mon truc…). Lorsque nous désirons quelque chose, nous croyons mettre tout en oeuvre pour y arriver, nous nous agitons, nous nous battons, nous franchissons des obstacles, nous pestons, nous recommençons, nous gesticulons…souvent pour un piètre résultat qui, au final, ne nous rend pas forcément plus heureux… Et quand le résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances, nous nous disons que décidément nous n’avons pas de chance, nous passons notre temps à nous lamenter ou à jouer les victimes et nous convoitons le bonheur que nous pouvons lire dans le regard d’autrui en nous disant : « Lui, il en a de la chance ! »

En ce qui me concerne, je ne crois pas à une chance qui tomberait du ciel, comme par magie, simplement parce que nous sommes touchés un jour par la grâce…Pour être heureux, je choisis avant tout de le vouloir. La chance, je commence d’abord par me la donner. Et pour me la donner, je choisis d’apprendre à m’aimer moi-même et à reconnaître mes talents. Des talents, nous en avons tous ! Mais notre environnement social, familial ou professionnel, ne nous a peut-être pas donné l’opportunité de les révéler ou du moins ne nous a t-on pas attribué le mérite de nos réussites.

Lorsque j’ai démarré mon processus de transformation de vie, j’ai commencé par lâcher tous mes modes de fonctionnement habituels et par porter un autre regard sur ma vie : si blocage il y avait, il n’était certainement pas lié à des causes extérieures mais à la façon dont moi je percevais l’existence…

Le monde n’est-il pas simplement le miroir de ce que nous sommes ? Peut-il nous renvoyer autre chose que ce que nous lui demandons ? Nos pensées négatives ne nous conduisent-elles pas à vivre ce dont nous avons le plus peur ? S’il y a bien une chose que j’ai appris aujourd’hui c’est que là où sont mes pensées, je suis…

Dévoreuse de livres, je me suis d’abord tournée vers des ouvrages inspirants : philosophie, psychologie, développement personnel, méditation… tout ce qui pouvait m’amener à mieux me comprendre et à trouver un sens à ma vie. D’ailleurs, je crois qu’à chaque période douloureuse de mon existence, le meilleur des remèdes, c’est dans les livres que je l’ai trouvé…

A ce propos, j’ai démarré ma quête par un petit ouvrage très simple, écrit sous la forme d’un conte, mais dans lequel j’ai commencé à appréhender le cheminement qu’il me faudrait parcourir : « Le chevalier à l’armure rouillée » de Robert Fisher – Ambre Editions. Son message est, je pense, d’une portée universelle, et parle à tout un chacun…

Lorsque j’ai pris la décision de me reconvertir professionnellement, la première question que je me suis posée, avant même de savoir ce que je souhaitais exercer comme activité, c’est : quelles ont été les réussites dans ma vie ? Quels sont les événements dont je tire une certaine fierté ? Quelles épreuves difficiles suis-je parvenue à surmonter ?

En listant tous les succès que j’avais pu enregistrer au cours de mon existence passée, je me suis inscrite dans un cheminement positif qui m’a permis de reprendre confiance en moi. Cette étape dans ma reconversion a consisté à reconnaître mes capacités à réussir, et alimenter ma volonté de mener à bien ce projet. Tout est parti de ce constat ! Il m’a d’abord fallu inscrire ce désir de mobilité dans une démarche positive.

A partir de ce moment-là, j’ai commencé à entrevoir les possibilités qui s’offraient à moi simplement parce que j’ai accepté de me reconnaître un certain nombre de compétences, de savoirs-faire, de savoirs-être qui n’avaient strictement rien à voir avec l’Education Nationale. J’ai lâché la certitude que le chemin sur lequel j’étais était le seul possible, et j’ai accueilli avec joie l’idée que finalement tout m’était permis : le choix ne dépendait que de moi…

Alors bien sûr, cette phase n’a représenté que le début du chemin : mais elle m’a été indispensable pour changer mon regard sur la situation et passer de l’état de victime qui subit et ne voit pas d’issue, à l’état de personne qui choisit de reprendre les rênes de sa vie.

Et je ne croyais pas si bien dire… A force de consulter livres et blogs internet traitant de développement personnel ou de reconversion, je découvris un jour un programme de formation proposé par La Fabrique à Bonheurs, Paris qui me semblait particulièrement inspirant. Il s’agissait d’une formation de Praticien en psychopédagogie positive qui faisait écho à ma recherche et me « parlait » particulièrement, de manière intuitive… Assez rapidement, je décidai qu’il fallait absolument que je m’y inscrive, avec l’idée de créer ma propre structure d’accompagnement aux élèves en difficultés scolaires… Cela me semblait la suite logique à mon parcours professionnel et répondait complètement à mon besoin d’aider chacun de manière plus personnelle et plus efficace…

Ce que j’ignorais alors, c’est que cela ne représentait en fait que le début d’un long parcours de cheminement vers l’incarnation de mon être…

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