Reconversion (3) : quand tout s’effondre… « je » demeure…

Il est déstabilisant de penser qu’il faut parfois attendre la survenue d’une maladie grave ou d’un événement douloureux dans notre vie, pour que l’on se décide enfin à vivre notre propre existence et basculer de façon définitive vers un « mieux-être ».

«  J’ai reçu le résultat de vos analyses : c’est bien ce que je craignais, vous avez un cancer du sein. »

Cette phrase, prononcée un 2 janvier avec toute l’empathie dont pouvait faire preuve la radiologue qui se tenait devant moi, me fit à moi, qui venais d’avoir quarante-sept ans, l’effet d’un véritable couperet. Et même si elle tenta de me tenir un discours rassurant, je ne pus m’empêcher de penser à mon ami et collègue, pour qui j’avais été « la petite peste rouge », décédé deux ans auparavant de ce qu’il est d’usage d’appeler « une longue maladie ».

Elle m’expliqua calmement ce qu’il convenait de faire, à savoir prendre rendez-vous avec un cancérologue et malgré toute sa gentillesse et son immense compassion, ses paroles n’eurent pas vraiment l’effet escompté dans mon coeur.

Après les remerciements d’usage, je sortis et me dirigeai vers ma voiture. Une multitude de questions se mirent à jaillir dans mon esprit :

Comment annoncer la nouvelle à ma famille ? A ma fille ? Qu’allais-je leur dire ? Comment allaient-ils réagir ?

« Cancer », ce terme empreint de tant de connotations négatives, que signifiait-il à cet instant, si ce n’est la certitude qu’il ne me restait plus grand chose à vivre ? Comment tout cela était-il possible ?

Non, je n’avais pas envie de partir maintenant : il y avait ma fille surtout ! Il me semblait que tout d’un coup je l’abandonnais et cette pensée m’ était tout bonnement insupportable !

J’ avais une irrésistible envie de pleurer et en même temps il m’ était impossible de craquer devant elle : elle ne pourrait soutenir ni la tristesse, ni la détresse qu’elle lirait dans mes yeux… Je rassemblai mes esprits et concentrai mes idées sur tout ce que la radiologue venait de me dire de positif : « Il n’est pas virulent… » « cela se soigne bien… »… Peu à peu, je repris mon calme et démarrai la voiture.

La chose la plus difficile fut d’annoncer cette nouvelle à ma famille tout en essayant de conserver un air détaché. J’y parvins tant bien que mal, même si au fond de moi, je sentais mon coeur et mes tripes prêts à imploser… C’est quand je dus l’avouer à mon frère que les choses ne se déroulèrent pas tout à fait comme prévu…

Il pratiquait depuis quelques temps et avec beaucoup de succès la profession de «somatopathe», une thérapie manuelle dont la finalité est le décodage des symptômes pour revenir à l’origine d’une maladie. Il ne se laissa pas impressionner par mon air détaché genre « je me fais vite soigner puis je reprends immédiatement le travail… » : il m’invita fermement à prendre le temps d’écouter ce que mon corps était en train de me dire, d’arrêter le travail et de prendre soin de moi.

« Ton corps est en train de te dire quelque chose. Si tu ne l’écoutes pas, il reparlera un jour ou l’autre mais cette fois, on te sortira les pieds devant ! »

Il savait pertinemment qu’il fallait me tenir ce genre de discours pour m’amener à réagir. C’est incroyable la faculté mentale que nous avons de ne SURTOUT pas nous écouter afin de continuer à répondre aux injonctions de la société qui nous ordonne de ne jamais flancher… Je suis sûre que beaucoup de personnes se reconnaissent dans ce discours. Et effectivement, ces paroles me firent l’effet d’un électrochoc.

Je compris à l’instant même qu’il me fallait m’occuper de moi.

Je pris immédiatement rendez-vous avec mon médecin afin qu’il me prescrive un arrêt de travail (avec ce genre de pathologie vous n’avez guère de scrupules à vous faire arrêter…) et le parcours d’examens médicaux lourds et contraignants que tout malade du cancer connaît se mit en route : chirurgien, prises de sang, IRM… sans trop savoir où tout cela allait me mener (et à vrai dire, je ne cherchais pas trop à savoir non plus au début de ce chemin…). Très vite, les résultats médicaux confirmèrent le diagnostic et le chirurgien programma une mastectomie totale de mon sein droit ainsi qu’un curage axillaire (pour ceux qui ne connaissent pas : il s’agit d’enlever tous les ganglions lymphatiques situés dans l’aisselle). Cette intervention fut programmée pour le 27 janvier et me laissait donc du temps pour commencer un nécessaire travail de compréhension concernant ce qui venait de m’être annoncé.

Car au-delà de la maladie proprement dite, je reçus tout à coup un immense besoin de comprendre quel était le « message » que mon corps était en train de m’envoyer. Je ne savais pas pourquoi, mais je pressentais qu’au delà de la pathologie, il y avait quelque chose à entendre… Mon parcours m’amena donc à aller explorer mon être en démarrant par mon histoire familiale…

Les découvertes que je fis me permirent de comprendre que nous transportons tous des valises depuis notre conception, valises que nous nous chargeons de porter par fidélité inconsciente, et qui ne nous appartiennent pas. Quand ces valises sont trop lourdes et qu’elles entravent la bonne marche de notre existence, alors un symptôme peut se développer.

Malheureusement, la plupart du temps nous ne l’entendons pas, car nous n’avons pas été éduqués depuis le plus jeune âge à nous écouter et à repérer les signes qui se manifestent au cours de notre vie. En ce qui me concerne, cette prise de conscience m’amena à complètement accepter l’opération par laquelle il me fallait passer et paradoxalement, je ne ressentis aucune souffrance ni physique, ni morale.

L’aventure fut pourtant loin d’être terminée… J’eus l’envie de continuer à explorer tous les blocages qui pouvaient m’empêcher d’avancer, convaincue que le sens de la vie était finalement ailleurs, et que la suite de mon existence allait maintenant dépendre avant tout de mon bien-être intérieur.

Mais c’est une chose d’en prendre conscience, c’en est une autre de parvenir à l’intégrer dans son fonctionnement…

(A suivre…)

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *